Les modèles formels de dialogue

Les modèles formels de dialogue

La communication humaine : objet d’étude transdisciplinaire

  • Les cognisciences retiennent de la communication les aspects liés à la perception, à l’action et au raisonnement du point de vue de l’individu ;
  • La philosophie s’intéresse à l’individu placé en situation de communication, sur un plan intentionnel ;
  • L’éthnoscience pose la communication dans une perspective sociale : les individus agissent dans un cadre normalisé selon des règles et des conventions qui sont socio-culturellement bien définies ;
  • La linguistique pose la communication dans une perspective structurale : la conversation est réglée par une grammaire ;
  • Les technosciences,  visent à intégrer la machine dans un univers de « communication humaine  », comme :  (a) médiation ou (b) partenaire.

Les théories : modèle codique

Communiquer = échanger des informations

[théorie inspirée de Shannon]

« pensée » -> codage -> transport -> décodage -> « sens »

Emetteur ->   …  …  -> Récepteur

Le modèle fait apparaître deux articulations

  • pensée/codage
  • décodage/sens
  • mais trop limité par sa simplicité

Les théories : modèle ethnologique

Interagir dans un monde social

Garfinkel, Heritage, Schegloff, Goffman, Suchman

  • Raisonnement socialement normalisé
  • Rôles et hiérarchies sociales (faces)
  • Principes d’interaction par inter-compréhension

Une rhétorique de la moralité…

  • principe d’identité : raisonnement normé par la société
  • réciprocité des perspectives (long-terme) et réciprocité des motivations (court-terme)

Les théories : modèle ethnologique

Réciprocité des perspectives : règle les niveaux supérieurs d’organisation de l’interaction liés à une conception hiérarchique de l’action. Ce principe fonde la complémentarité ou la symétrie des rôles des partenaires. De lui résulte la stratégie dans l’interaction, issue d’un accord (souvent implicite) entre les partenaires (théorie des faces)

Réciprocité des motivations : anticipation par A que son projet de communication sera accepté par B comme la raison et la motivation de sa réponse (paires adjacentes, par ex : A/Question(X) -> B/Réponse(X))

Critique : peu prédictif (action et cognition située de Suchman)

Les théories : pertinence cognitive

Orienter des processus inférentiels

Grice, Sperber & Wilson

·     Maximes de quantité (pertinence)

1.  Soyez aussi informatif qu’il le faut

2.  Ne soyez pas plus informatif qu’il ne faut

·     Maximes de qualité (sincérité)

1. Dites le Vrai

2.  Ne dites rien que vous croyez être faux

3.  Ayez de l’évidence pour ce que vous dites

Ces maximes définissent la communication comme coopération = conséquence de la rationalité humaine (raison pratique)

la pertinence cognitive

C’est un modèle inférentiel : réciprocité des motivations logiques

A dit X à B => B reconnaît l’intention de A contenue dans X => B répond R à A et R contient l’intention de B

la pertinence cognitive

Critique : la récursivité à l’infini

La pertinence

Choix pertinent : considérer l’environnement en compréhension (monde, environnement cognitif de son interlocuteur et son propre environnement) pour opérer une sélection de faits saillants (la saillance est une valeur dans [0, 1]) de manière à focaliser l’attention de son interlocuteur.

La pertinence porte aussi bien sur la situation, l’individu, le contexte…

Un fait est un élément manifeste (perçu dans le monde ou la situation) ou un élément inféré (hypothèse).

Le processus de communication : A et B échangent des indices pertinents (stimuli) par présentation ostensive de faits directement liés à des intentions informative et communicative

Acte d’ostension : présenter un fait saillant ou rendre saillant un fait

La pertinence d’un acte de dialogue énoncé par E, est relative au but poursuivi par E mais aussi relative pour D, au but que D poursuit de son côté. On distingue donc deux cas, la coopérativité et la concurrence :

• dans le cas où le but est partagé, bE = bD = b, la pertinence d’un acte aED de E à l’adresse de D, doit amener E et D dans une situation de coopération (ou les maintenir dans cette situation s’ils y étaient déjà) et contribuer à les rapprocher du but b,

• dans le cas où le but n’est pas partagé, bE ¹ bD on doit distinguer une série de scénarios possibles ;

(a) soit E et D engagent une négociation qui peut réussir ou échouer, on retombe alors dans une situation de coopération,

(b) soit E et D restent sur leurs positions sans chercher à les négocier, on reste dans une situation de concurrence. La stratégie de E vis-à-vis de D est alors d’arriver à bE ou d’empêcher que D n’arrive à bD. La pertinence des actions de E peut prendre alors un sens négatif pour D.

La pertinence sémantique : c’est la pertinence du dire, c’est-à-dire la pertinence du bon usage des mots (ou des concepts) pour ce qu’ils signifient. On définit pour chaque mot lexical (ou expression pleine) du langage employé, sa place dans l’arbre des catégories sémantiques pré-définies (selon Rosch et Kleiber). La pertinence sémantique d’un énoncé se définit alors par :

où l’opérateur Moy est l’opérateur moyenne portant sur tous les mots lexicaux de l’énoncé et où DNiv(mot) est la différence de niveau dans l’arbre des catégories sémantiques entre le niveau d’emploi de ce mot et le niveau réellement utile dans l’énoncé.

Par exemple :

(a) « lieu de spectacle » est moins pertinent que « cinéma » si le contexte nécessite l’information  « où l’on projette des films », car cinéma est à un niveau de spécialisation plus adéquat pour ce contexte,

(b) « je vois un airbus haut dans le ciel » le mot airbus est trop spécialisé si le mot « avion » peut suffire.

La pertinence pragmatique : c’est la bonne adéquation des mots aux choses dans le monde, c’est-à-dire la bonne utilisation des expressions linguistiques pour référencer des objets. La pertinence pragmatique peut se mesurer par :

La pertinence pragmatique

où NR est le nombre d’objets référencés par l’énoncé et NE le nombre d’objets visés par l’énonciateur E.

Par exemple :

(a) « le musée de Paris », NR = 10 (les musées), NE = 1

(b) « le musée d’Orsay », NR = 2 (nom propre et ville), NE = 1

(c) « le musée du Louvre », NR = 1, NE = 1

(d) « le musée de Trifouilly », NR = 0 (pas de musée ou ville inconnue), NE = 1

(e) « tous les musées de Paris, NR = 10 (les musées), NE = 10

La pertinence épistémique : c’est l’adéquation des signifiés aux connaissances du destinataire, c’est-à-dire la probabilité de dire ce qui est nécessaire et suffisant à D (et au moment adéquat) pour qu’il comprenne (maxime de quantité de Grice). La pertinence épistémique se formule par :

La pertinence épistémique

où IE est la quantité d’informations portée par l’énoncé de E,

IS est l’information suffisante à D (contenue dans l’énoncé) et IN est l’information nécessaire à D pour effectuer l’action a.

Pr est une mesure de probabilité

Par exemple :

(a) « Paris, capitale de la France » si D = adulte cultivé Pr(IE/IS) = 1/3 (le seul terme Paris est suffisant, capitale et France sont redondants), Pr(IN) est la probabilité de parler nécessairement de Paris à ce moment-là. Mais si D = enfant en cours de géographie, alors Pr(IE/IS) = 3/3 et Pr(IN) = 1.

(b) « Paris, province de la Belgique » bien que paradoxal, cet énoncé doit être accepté selon sa seule valeur sémiotique ou rhétorique et non pas pour sa valeur de vérité. Si cet énoncé est dans la rubrique de politique européenne d’un quotidien, il est tout à fait pertinent et Pr(IE/IS) = 3/3 et Pr(IN) = 1.

La pertinence déontique : c’est l’adéquation des énoncés (degré de force illocutoire) aux rôles joués par les interlocuteurs dans le dialogue. La mesure est difficile car elle dépend de paramètres socio-culturels. Le plus simple est certainement de la mesurer en tout ou rien sur l’échelle “acceptable”/”inacceptable”.

La pertinence déontique

Par exemple : soit un dialogue entre un client et un agent (guichetier dans un cinéma),

(a) « j’exige un billet » est une formule habituellement inacceptable car trop agressive,

(b) « je vous prie de bien avoir l’obligeance de me donner un billet  » est une formule trop “ampoulée”, donc inacceptable

(c) « vous reste-t-il des places ? » est acceptable.

Les théories : philosophie du langage

Agir intentionnellement

Austin, Searle, Vanderveken

Constatation d’Austin : les verbes performatifs

 La pragmatique des actes de langage : 4 niveaux

1.  énonciation = dire (acte physique)

2.  locution = dire en disant (acte locutoire) = référer et prédiquer

3.  illocution = faire en disant (acte illocutoire) = agir dans le monde

4.  perlocution = faire-croire en disant (acte perlocutoire) = agir sur l’interlocuteur

La communication est une coordination d’actions langagières intentionnelles (intention préalable à long terme et intention en action à court terme) entre agents rationnels

Les actes illocutoires

Acte assertif : le locuteur exprime des propositions dans le but de représenter comment sont les choses dans le monde (Monde <- Mots)

  Affirmer, confirmer, constater, présenter, décrire, commenter, expliquer, rectifier, conjecturer, témoigner / contester, nier, critiquer, restreindre, etc.

Acte directif : le locuteur exprime des propositions dans le but de faire faire une action future dans le monde (Monde -> Mots)

  Ordonner, autoriser, inviter, conseiller, suggérer, avertir, défier, relancer, insister, supplier, questionner, interroger, demander, etc.

Acte promissif : le locuteur exprime des propositions dans le but de s’engager lui-même à faire une action future dans le monde (Monde -> Mots)

  Promettre, offrir, etc.

Acte déclaratif : le locuteur exprime des propositions à valeur d’action immédiate (performative) au moment de l’énonciation (Monde <-> Mots)

  Déclarer, ratifier, ajourner, bénir, licencier, etc.

Acte expressif : le locuteur exprime des propositions dans le but de manifester son état mental à propos d’états de chose présupposés dans le monde (Ø <-> Mots)

  Souhaiter, remercier, excuser, saluer, féliciter, hésiter, se résigner, s’étonner, se plaindre, menacer, insulter, jurer, etc.

La logique illocutoire

Les actes illocutoires sont pourvus d’intentionnalité.

Ils ont des conditions de succès   (par ex. engagement tenu, description exacte), et de satisfaction (par ex. réponse attendue à une question)

La force illocutoire Fp et les conditions de succès :

·      Le but illocutoire F (relation mot/chose)

·      Le mode d’accomplissement (moyens et manières d’accomplir un acte,

  par ex. il faut avoir autorité pour commander)

·      Le contenu propositionnel p (il doit être tenu pour Vrai)

·      Les conditions préparatoires (vérité sur le contexte et arrière-plan)

·      Le degré de sincérité (attitudes psychologiques)

·      Le degré de puissance (degré de force adéquat)

Acte satisfait : les effets de Fp sont vrais dans le monde

Assertion satisfaite : si elle est vraie, Promesse satisfaite : si elle est tenue

Conseil satisfait : s’il est suivi, etc.

Les types de dialogue

(Les dialogues à but exclusivement linguistique) Les dialogues à but discursif :

·But descriptif (mots -> choses) nouvelles, reportages, expertises, bilans, commentaires, entrevues, exposés, débats théoriques, récits, rapports, leçons, examens, etc.

·But délibératif (mots <- choses) sermons, instructions, pétitions, recours, propagande, négociaitions, marchandages, consultations, annonces, exhortations, règlements, réquisitoires, accords, etc.

·But déclaratoire (mots <-> choses) investitures, législations, discours religieux, traités, jugements à la cour, etc.

·But expressif (mots <-> Ø) hommages, éloges, huées, bravos, repentirs, etc.

Le but définit la direction d’ajustement du discours des choses aux mots. Un type de discours se dégage grâce à ses actes majeurs

Extension de la logique illocutoire

Un discours a des conditions de succès et des conditions de satisfaction : une négociation peut réussir en échouant quant aux résultats.

Les conditions de succès

  • Le mode d’atteinte du but discursif (processus, stratégie)
  • La thématique (ce dont on parle)
  • L’arrière-plan (présuppositions, rôles, etc.)
  • La sincérité (attitudes mentales adéquates)

Il y a des actes illocutoires maîtres et des actes auxiliaires voire superflus. Un dialogue est satisfait si l’ensemble des actes maîtres est satisfait.

Critique : encore trop monologique

Les théories : linguistique

Le dialogue a une fonction structurante et il est hiérarchisé

[Roulet, Moeschler] 1980-1990

Grammaire du dialogue

1. Des unités structurantes : dialogue, échange, intervention

2. Des unités élémentaires : les actes de langage

  Dialogue → Ouverture.Echange*.Clôture

  Ouverture → Echange

  Clôture → Echange

  Echange → Echange l Incidence

  Incidence → Intervention*

  Echange → Intervention*

  Intervention → Acte*

Les fonctions des unités intermédiaires

Echange : résolution d’un but discursif

Intervention : sous-discours à fonction thématique, informer, répéter, épeler, illustrer, exposer, répliquer, rectifier, réparer, résumer, expliquer, justifier, argumenter, questionner, introduire, conclure, etc.

Les théories : linguistique

Exemple

L : Quand voulez-vous partir ?  (1) Intervention initiative

A : Le 13 novembre  (2) Intervention réactive

L : Le 13 novembre…  (3) Intervention évaluative

     A quelle heure ?  (4) Intervention initiative

A : Non, le 20 novembre !  (5) Intervention évaluative à (3)

     A 10 heures  (6) Intervention réactive à (4)

L : Quand voulez-vous partir ?
A : Le 13 novembre 
L : Le 13 novembre… 
     A quelle heure ?
A : Non, le 20 novembre !
A 10 heures 
(1) Intervention initiative
(2) Intervention réactive
(3) Intervention évaluative
(4) Intervention initiative
(5) Intervention évaluative à (3)
(6) Intervention réactive à (4)

Critiques :

  • Représentation statique et rigide
  • Explication a posteriori
  • Dépendances à la tâche mal explicitées

Les théories : en résumé

Les théories : en résumé les jeux de langage

« Parler un langage est une partie d’une activité ou d’une forme de vie : c’est un jeu de langage »

« La communication relève d’une “tentative d’ajustement” où l’on doit ajouter au transport de l’information, le jeu des rôles et des actes par quoi les interlocuteurs se reconnaissent comme tels, agissent comme tels et fondent ainsi des communautés linguistiques dans un monde humain »

Wittgenstein : les jeux de langage

Les modèles

  • les grammaires structurelles,
  • les plans et intentions,
  • les logiques mentalistes,
  • les jeux.

Les grammaires

Dépassement des grammaires statiques

Luzzati a tenté de dépasser la rigidité structurelle en proposant un modèle dynamique évoluant sur deux axes, l’axe régissant qui est celui de l’avancée dans la tâche et l’axe incident ou axe de clarification, aidant à la compréhension pour une meilleure avancée sur l’axe régissant. Ce modèle vise avant tout à éviter les erreurs d’incompréhension à répétition qui risquent de bloquer le dialogue. Il contrôle des variables interactionnelles, qui mesurent les écarts à l’axe régissant, et force le retour sur cet axe en cas de trop fort éloignement.

Les plans

Dialogue dirigé par les buts de la tâche

Le dialogue se développe autour des plans et des buts des interlocuteurs.

Les plans sont modélisés comme des suites d’actions mettant en relation un état initial du monde et un état but. Il s’agit alors au cours du dialogue d’activer les plans pour atteindre cet état but. Les méthodes mises en œuvre relèvent de la planification en IA.

prendre_train(Passager, Train)
  définition :  appartient(Voiture, Train)
  corps :   embarquer(Passager, Voiture)
  préconditions :  possède(Passager, Billet)  sur(Passager, Quai)
  effets :  dans(Passager, Voiture)
  contraintes :   accoster(Train, Quai)

Les limites…

Les limites d’un tel modèle sont liées à la représentation des connaissances et on ne peut traiter que des dialogues qui sont dirigées par la tâche. Les incidences hors tâche du dialogue sont quasiment impossibles à traiter (on peut ici répondre à des questions comme “que faut-il faire avant d’embarquer ?”, réponse= “être en possession d’un billet et attendre que le train ait accosté au quai”, mais on ne peut pas répondre à une question comme “combien de temps faut-il attendre avant d’embarquer ?”).

Les incidences hors tâche du dialogue

Les plans

Dialogue dirigé par les buts du dialogue

Le dialogue est modélisé comme une activité en-soi et se distingue de l’activité déployée pour la tâche.

INFORM (Speaker, Hearer, P)
  Preconditions : speaker knows P (P is true & speaker believes P)
  Body : hearer believes speaker wants(hearer knows P)
  Effect : hearer knows P

Comment reconnaître les intentions et les buts des locuteurs : que se passe-t-il pour les buts implicites ? Comment traiter les énoncés complexes ciblant plusieurs buts à la fois ? Comment rendre robuste un tel système plus sensible aux erreurs de reconnaissance des buts ? Comment savoir qu’un locuteur veut savoir quelque chose ? Pour répondre à ces problèmes Cohen, Perrault et Allen introduisent finalement des heuristiques et des techniques de reconnaissance non indépendantes des plans de la tâche.

Les plans + méta-plans

Dialogue dirigé par les buts du dialogue et les méta-buts de la tâche

Dans la continuation de ces travaux, Litman a présenté un modèle qui sépare mieux le discours et le domaine dit de sens commun. Pour modéliser le discours elle adopte l’approche de Cohen & all. tandis que pour le second elle adopte des représentations structurelles fondées sur la notion de focus. C’est ce deuxième niveau, dépendant du domaine, qui contrôle le dialogue. Les plans du discours sont organisés en trois classes :

  • la classe Continue, qui contient les plans de tâches non-linguistiques, et qui sont en relation avec les plans du domaine,
  • la classe Clarification, qui contient les plans évoqués en cas d’incompréhension, d’impasse, etc.
  • la classe Topic, qui contient des plans d’étape du dialogue, comme Introduce-Plan, pour la phase d’ouverture par exemple.

Son approche est alors à deux niveaux : plans et méta-plans.

Les logiques mentalistes

Retour aux intentions…

Grosz et Sidner ont proposé une théorie du discours articulée autour de la reconnaissance des intentions et du focus d’attention un peu à la manière de Litman. Remonter aux intentions pour comprendre les actes…

Un discours est composé de trois éléments,

  • (a)sa structure linguistique, modélisée en termes de segments de discours,
  • (b)sa structure intentionnelle – plus précisément l’ensemble des buts des participants et
  • (c)sa structure attentionnelle ou focalisation sur le discours.

Limites :

Comment reconnaître les intentions ?

Comment traiter les incidences (non intentionnelles ?)

Des plans intentionnels

Pour Pollack les plans doivent modéliser des attitudes mentales complexes et profondes, en particulier à côté des plans nécessaires à l’organisation de la tâche et du discours, il doit y avoir des plans pour organiser les intentions. Cela peut permettre aussi de réparer ou de corriger les erreurs ou les engagements dans des mauvais plans. Par exemple le dialogue :

A : je voudrais parler à Kathy, avez-vous son numéro de téléphone ?

B : je suis désolé, mais Kathy est sortie de l’hôpital.

A s’engage sur un mauvais plan par manque de connaissance.

=> faut modéliser les connaissances mutuelles (on se trouve aux limites des modèles intentionnels)

ETAT-MENTAL(Intention)
  Pré-conditions : croyances et connaissances mutuelles
  Effets : plan d’action

Les jeux

Jeu de langage = jeu

Chacun des interlocuteurs est engagé dans un jeu dont les tours de parole représentent des coups.

Ces coups sont plus ou moins pertinents (c’est-à-dire qu’ils atteignent plus ou moins leur but). On avance dans le jeu en en suivant les règles et en tentant de maximiser ses gains ou de réduire ses pertes (par exemple le gain à la sortie du jeu sera d’avoir obtenu un renseignement, ou d’avoir résisté aux arguments de son interlocuteur, etc.).

On distingue plusieurs catégories de modèles : les modèles logiques et les modèles stratégiques. Dans les modèles logiques l’accent est mis sur les gains (convaincre son interlocuteur par exemple) sans s’intéresser outre mesure à la manière dont est obtenu le résultat, tandis que dans les modèles stratégiques c’est l’inverse, il s’agit d’atteindre un résultat de manière optimale.

Les jeux dialogiques

Exemple :

  1. .le locuteur A affirme p∩q,
  2. . l’allocutaire B peut réfuter p (en affirmant ¬p) ou réfuter q ou demander à A de prouver p puis de prouver q. Supposons que B demande à A la preuve de p∩q.
  3. . A peut alors répondre : p parce que a É p et q parce que p∩b É q.
  4. . B demande à A de prouver a∩b ou affirme que ¬a ou ¬b. Par exemple B affirme ¬a
  5. . A gagne car ¬a n’empêche pas p

Comme on le voit le problème se pose en termes de logique d’une part mais aussi en termes de stratégie d’autre part, puisque B peut perdre s’il fait le mauvais choix de stratégie en n’attaquant pas le bon argument.

Les jeux

Attitude propositionnelle

Pour Baker le jeu de langageestunenégociation, danslaquelle les locuteursont des attitudes sur des propositions (offre, acceptation, ratification)

Séquence de baseSéquence étendue
OFFER(A,p) 
ACCEPT(B,p)   
RATIFY(A,p) 
OFFER(A,p)
OFFER(B,q)
ACCEPT(A,TF(q)), Etc…

Les TF (transformations fonctionnelles) dont ils disposent sont de quatre types : les expansions logiques, les contractions, les neutres et les fondamentales.

A : hier, je suis allé à Grenoble

B : non ce n’était pas hier, c’était la semaine dernière

A : ah oui, pardon, la semaine dernière.

OFFER(A, p1Ùp2)
    ACCEPT(B, p2) Ù OFFER(B, p’1 = TF(p1))
    RATIFY(A, p’1)

Modalité propositionnelle

Pour Dessallesl’enchaînement du dialogue s’opère sur troismodalités, IMPR = improbable, IND = indésirable et FAUX = paradoxal. La conversation débute par l’exposition d’un fait le plus inhabituel possible comme « tu sais que Jérôme a achetéunevoiturecettesemaine ? » qui présupposequ’ilestétonnant que Jérôme ait fait cetachat. A cetévénement IMPR la répliqueattendueestsoit de marquer son étonnement (« ah bon »), soit de le banaliser (« mais non c’est pour son frère »). Le déroulementpeutalorsêtredécrit par unegrammaire :

Exposé-fait ® Co-étonnement  È Demande-clarification
  Exposé-fait ® Réaction-antagoniste È Banalisation
  Réaction-antagoniste ® Exposé-fait(opposé)
  Banalisation ® Exposé-fait(modérateur)
  Co-étonnement ® fin-dialogue È Exposé-fait(nouveau)

La demande de clarification est considérée comme une incidence dans ce modèle.

Limites de ces approches

Les implicatures conversationnelles

Posent le problème de la bonne interprétation des prédicats

On distingue les implicatures directes et les implicatures indirectes. Dans l’exemple :

A : As-tu invité Jean et Pierre pour ce soir ?

B : Oui, j’ai invité Pierre.

  on peut déduire directement que invité(Pierre), mais la réponse laisse à penser aussi que Øinvité(Jean) (principe d’omission) ou que même Øvouloir(B, inviter(Jean)) ou préférer(B, inviter(Pierre)), etc. Il est clair que ces implicatures indirectes ne peuvent pas toujours se faire sans une connaissance du contexte et des conversants. Dans l’exemple :

A : As-tu fait les courses ?

B : Ma voiture est tombée en panne.

  les connaissances de sens commun peuvent suffire sans connaître nécessairement les conversants : il est hautement probable que la réponse de B signifie « non », bien que la voiture ait pu tomber en panne après avoir fait les courses. Pour interpréter la réponse de B il faut donc analyser les attentes de A contenues dans sa question.

Jeu et stratégies

Le « jeu de dialogue » est réglé par :

  • des règles de déclenchement de stratégies,
  • des règles de comportement,
  • un mécanisme de contrôle du but,
  • des règles de reprise par des sous-dialogues.

Le but du jeu

Motive et oriente le dialogue

Le dialogue est une action conjointe

U : « dessine un triangle »
M : « pouvez-vous préciser ? »
U : « équilatéral »
M : « de couleur rouge ? »
U : « peu importe »
M : « OK »
Motive et oriente le dialogue
Le dialogue est une action conjointe

Évolution du but au cours du jeu

– nouveau but : ?b, ce but vient d’être exprimé par l’usager,

– but atteint : †b, l’état de la situation rend le prédicat b vrai,

– but satisfait : ‡b, l’usager manifeste son accord explicitement ou implicitement sur †b,

– but mis en attente : -b, l’usager ou la machine résolvent temporairement un autre problème,

– but réparé : b’, à la suite d’une incompréhension le but est modifié,

– but déplacé : b’, à la suite d’un compromis le but est modifié,

– sous-but : sb, le problème est décomposé en sous-problèmes,

– but abandonné : @b, à la suite d’un échec et d’un souhait d’abandon de l’usager.

Stratégies

Manière de gérer un échange pour satisfaire le but (les rôles peuvent changer au cours des échanges)

Direction d’ajustement des buts

Soit bX le but de X et by celui de Y en début d’échange. Au cours de l’échange on peut avoir :

1.@ bx au profit de by : X est réactif (by ® @ bx=Ø)

2.Imposition de bx à Y : X est directif (bx ® @ by =Ø)

3.Partage des buts : X, Y sont coopératifs (bx « by )

4.Recherche d’un compromis : X, Y négocient (bx ®b’¬ by)

5.Détour constructif : X, Y font une incidence (bx ® Ø ¬ by)

Causes d’échec : incompréhension, incidence ou rupture, assertion fausse, présupposé erroné, action impossible, erreur ou mensonge

1. Stratégieréactive

Consiste pour B à déléguer l’initiative à A soit en lui faisant endosser son but (cas de demande d’aide ou d’assistance), soit en adoptant son but (cas du serviteur). Le déroulement du dialogue se fait :

  • en maintenant le but de l’échange, mais sans prendre d’initiative,
  • en abandonnant son propre but bB ou en le faisant passer sous la dépendance de bA.

2. Stratégie directive

Consiste pour B à garder l’initiative pour conduire le dialogue :

  • en maintenant le but de l’échange et en gardant l’initiative,
  • en imposant son but bB, (donc on cherche à ce que bf=bB)
  • en ignorant éventuellement celui du locuteur bA, qui est donc en quelque sorte considéré comme inexistant

Cela a pour conséquence d’imposer une réponse réactive ou négociée à A, et de limiter ainsi la variété de ses stratégies.

3. Stratégie constructive (ou du détour)

Consiste à déplacer le but courant momentanément afin de provoquer un détour (supposé constructif) qui n’est pas nécessairement une incidence, par exemple pour faire remarquer un oubli, une erreur, faire une citation, rappeler un fait ancien, une expérience, etc. :

  • le but courant est mis en attente, ainsi que les buts initiaux,
  • un nouveau but b’ est posé,
  • l’initiative peut être partagée.

Contrairement à une incidence, un détour ne ramène pas nécessairement à l’échange initial, il peut laisser la conversation en suspens ou conduire à un autre détour

4. Stratégie de coopération

Consiste à tenir compte du but de son interlocuteur en lui proposant une (ou des) solution(s) qui les amènent tous deux à atteindre leurs buts, si ces derniers ne sont pas incompatibles :

  • cela amène à dérouler un processus complexe — évaluer la situation, présenter une explication, éventuellement des exemples, des aides ou des arguments pertinents et offrir un choix fermé (parce que plus facile au plan cognitif pour la prise de décision), en maximisant l’espace de concession,
  • en procédant par recherche d’un optimum dans un espace de possibles,
  • en accompagnant l’interlocuteur jusqu’à la solution,
  • en élargissant le but conversationnel si nécessaire,

5. Stratégie de négociation

La négociation peut se produire dans une situation où les buts sont incompatibles et que les interlocuteurs veulent minimiser les concessions. La négociation procède sur un schéma assez classique, par des séquences argumentatives (argumentation/réfutation) avec proposition d’une solution sous-optimale jusqu’à convergence ou constat d’échec. La tactique locale est de :

  • tenter d’imposer son but ou accepter un compromis,
  • maintenir le but conversationnel,
  • pousser la négociation le plus loin possible jusqu’à un but acceptable bf,

Exemple de modélisation : Directif

Règle :Au début l’initiative est à la machine pour lui permettre de “se” présenter et de connaître son interlocuteur. Elle doit être pour cela en mode directif. Elle revient à ce mode dès qu’une incompréhension surgit (pour éviter le risque de bouclage ou d’impasse).

((p = 0)) v (FSU(directif)) v (FSM(erreur)) Þ (ddirectif)

Comportement :

FAMp Þ CMp Ù CM(Cup)   M fait un acte et en enregistre les effets

FFMp Þ CM(FAUp) Ù CMp    M fait-faire un acte, U est supposé exécuter

FSMp Þ CM(Cup)  M donne une info. et suppose que U l’accepte

FFSMp Þ FSUp v FFSUp    M pose une question, et attend de U une réponse

  FSUp Ù CondS(p) Þ CMp   U donne une information, M l’enregistre

  nonvide(p) Þ CondS(p)

  FSU(contestation) Þ (dnégociation)  si U conteste il y a changement de stratégie

  FFSUp Ù CMp Þ FSMp  U pose une question de clarification, M y répond et reprend l’initiative

FDMp Þ CM(FAUp) Ù CMp    M fait-faire un acte, U est supposé exécuter

Perspective

Calculer le choix de la stratégie par rapport à un concept de pertinence…

Coopération vs. Concurrence :

• dans le cas où le but est partagé, la pertinence d’un acte aA de A à l’adresse de B, doit amener A et B dans une situation de convergence (ou les maintenir dans cette situation s’ils y étaient déjà) et contribuer à les rapprocher du but final,

• dans le cas où le but n’est pas partagé, on doit distinguer une série de scénarios possibles :

(a) soit A et B engagent une négociation qui peut réussir ou échouer, du point de vue de l’un ou de l’autre (ou des deux),

(b) soit A et B restent sur leurs positions car l’un des deux a abandonné son but au profit de l’autre ou a fait un détour ;

dans les deux cas, la stratégie de A vis-à-vis de B est alors d’arriver à bA ou d’empêcher que B n’arrive à bB. La pertinence des actions de A peut prendre alors un sens négatif pour B. Nous appelons cette pertinence pertinence transactionnelle. Elle prend une valeur comprise entre 0 et 1

Perspective : pertinence transactionnelle

Pertinence constructive :

Pc{aA} = exp{-d[bA,effet(aA)]}

où d est une distance qui mesure l’écart entre le but recherché par A et le but atteint par l’effet de l’acte aA ; il suffit de considérer les effets potentiels de l’acte aA pour juger de la pertinence et non de son exécution réelle, puisqu’elle est relative au but de l’énonciateur seul.

Pertinence obstructive :

P~c{aA} = 1-exp{-d[bB, effet(aA)]}

ici A s’oppose à la réalisation du but bB de B. d est une distance qui mesure l’écart entre le but recherché par B et le but atteint par l’effet de l’acte aA ; si cette distance est grande, l’acte aA aura été pertinent puisqu’il éloigne B de son but.

La conduite du jeu se fait alors à chaque instant pour A en maximisant Pc{aA} et en maximisant P~c{aA}. Les deux objectifs étant rarement atteints simultanément il faut chercher un point d’équilibre (dit équilibre de Nash).

Conclusion

  • Les grammaires
  • Les plans
  • Les intentions
  • Les jeux

Des modèles sur un axe descendant (dialogue, structure intermédiaire, actes de langage)

Une recherche de raisons de l’action (but, intention, engagement) de plus en plus profondes pour modéliser le comportement dialogique

Un souci de trouver les bons cadres de dialogue

… et toujours la relation dialogue / tâche qui reste un problème.

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